Mardi 23 juin 2009

Le concept novateur de désanctuarisation permet de mettre en lumière dans leur globalité et leur cohérence l’ensemble des drames que vit notre pays et qui l’atteignent dans ses valeurs comme dans son existence.

 

Plutôt qu’un long discours sur une notion qui est encore parfois difficile à cerner, analysons donc les discours dominants très divers qui la mettent en œuvre de manière flagrante :

 

La nation c’est dépassé

Variantes : l’état-nation c’est dépassé, il faut passer à des ensembles fédéralistes – le nationalisme c’est la guerre, etc….

 

Analyse rapide : L’Etat-nation est la seule structure susceptible d’avoir la légitimité d’exiger de ses citoyens, même les pires individualistes, les plus extrêmes sacrifices. A ce jour, et pour encore longtemps, il n’existe aucune structure collective, juridique ou économique, capable de générer, de coordonner et d’encadrer les efforts d’un groupe important d’hommes libres et éduqués (nous excluons donc les sectes et mouvements basés sur le fanatisme ou l’ignorance).

 

L’égalité, c’est le nivellement par le bas.

Variantes : l’Egalité des chances est une fiction dangereuse qui a abaissé l’éducation, l’égalitarisme doit cesser, etc….

 

Fonder l’Egalité sur la valeur et le mérite (c’est qui est contradictoire par principe) est impossible. Le rejet de ce qui est appelé péjorativement « égalitarisme » est une nouvelle résurgence du refus du pacte républicain, né sous la Révolution et développé depuis. Au départ ce refus était fondé sur le constat que l’égalité des droits aggravait les inégalités naturelles (cf Mme de Stael ou B. Constant). Aujourd’hui, on rejette l’égalité des chances, alors qu’elle est le fondement de la légitimité d’une école républicaine basée sur la compétition et la méritocratie.


Or ces critiques, version modernisée des thèses de la contre-révolution, refusent de voir que la liberté ne peut être conçue sans une égalité des droits. D’ailleurs ces deux notions sont nées en même temps dans la philosophie classique libérale !

 

La Laïcité, c’est la neutralité et le respect des religions.

Variantes : empêcher de pratiquer sa religion, ou d’arborer des signes religieux excède ce que doit être la laïcité, la laïcité n’est pas l’anticléricalisme, ni le rejet du sentiment religieux…

 

Il convient d’affirmer ici très clairement que la laïcité n’est PAS la neutralité religieuse. Il s’agit de deux notions très différentes. La laïcité impose que sa pratique ou son sentiment religieux, comme toute pratique ou sentiment d’ordre privé, n’atteigne pas la sphère publique. C’est une contrainte née en réaction aux innombrables excès des pouvoirs religieux dits temporels (ces excès existent encore dans le Monde).

 

La Laïcité n’est donc pas passive, se bornant à détourner le regard, mais doit activement ramener le religieux dans la sphère des libertés privées. Les extrémités auxquelles les anticléricaux ont été contraints pour contrer l’influence de l’Eglise au début du XXème siècle, ne doivent pas faire oublier que la laïcité est indispensable à la cohésion nationale, et à l’intégration des individus au sein de la France, nation une et indivisible.

 

Ces atteintes sémantiques, ces glissements de sens lourds de conséquences portent en germe une des plus grandes manifestations de ce que nous appelons la désanctuarisation.

 

 

La Souveraineté : Seuls, nous sommes incapables de réussir.

Variantes : nous ne faisons pas le poids, on n’a tout perdu, sans les américains/les allemands/l’Europe, nous ne serons jamais de taille à lutter face à la Chine, la Russie, etc….

 

Voilà une autre manifestation principale du phénomène globale de désanctuarisation que nous pouvons constater au quotidien. L’incapacité congénitale de la France de s’en sortir seule, la nécessité de se fondre dans des ensembles supranationaux « vides » historiquement.

Ce discours est le préalable indispensable, il s’agit de déligitimer la France en tant qu’ensemble susceptible de réussir, d’apporter le bonheur, la satisfaction des besoins personnels, la réalisation des désirs de chaque citoyen.


Pour cela on se fonde sur des postulats économiques non démontrés : la France seule ne réussirait pas autant qu’avec d’autres plus grands pays (il n’y a rien de systématique dans cela : si parfois l’union permet des succès, dans d’autres hypothèses, le choix de l’action nationale se révèle meilleur).


Cela repose aussi sur une véritable "réécriture" de notre histoire récente : la France a perdu en 1940, puis ses guerres de décolonisation, mais on réduit son effort de guerre en 1944-45 (qui ne s’est pas limité à l’envoi de troupes de pays colonisés, loin de là), voire on nie sa victoire de 1918 (obtenue factuellement avant que le poids des troupes américains ne puisse réellement influencer les opérations).


Or, chaque union doit se payer de renoncement, de reniement, d’abandon, sans pour autant que les avantages retirés soient à la hauteur sur le long terme du coût social et politique de cette déconstruction de la fierté et de la légitimité nationale.


Le débat Libre-échangisme / Protectionnisme est une illustration de l’impossibilité dramatique de pouvoir sortir de ce discours, puisque même les ardents défenseurs d'un protectionnisme intelligent ne le conçoivent qu'à une échelle supra-nationale.

 

les réformes : Si nous voulons nous en sortir, il faut changer.

Variantes : nous devons réformer à tout prix, il faut que la France se remette en cause, nos faiblesses et défaillances sont insupportables, etc…

 

Là encore, et alors même que l’on constate au quotidien combien notre modèle économique, politique et social était adapté à la crise et à l’évolution du monde, il faut en changer, renoncer à nos qualités, dans le vain espoir de voir disparaître nos défauts.


La cruauté est complète quand on accompagne cette politique de désanctuarisation de discours théoriques valorisant l’idée de nation, crispant les citoyens, et achevant de perdre tout équilibre et toute cohérence.


Pas une seule fois, un des grands partis politiques ne s’est posé la question de la possibilité de « jouer » de nos qualités pour permettre à la France de s’en sortir, de progresser, avec ses qualités, ses moyens et conformément à ses valeurs.


Nous sommes donc condamnés à devoir changer nos valeurs, changer notre nature, renier ce qui a fait de notre pays ce qu’il est depuis des siècles, tout cela pour « singer » des solutions auraient réussi dans d’autres pays (lesquels ? quand ?), sans aucune garantie de réussite.

 


Voilà, avec ces quelques illustrations, prises un peu au hasard dans les interventions récentes, nous espérons que le lecteur pourra appréhender le concept de désanctuarisation qui nous permet de donner une cohérence globale à un ensemble de phénomènes parfois très différents, mais qui ont tous pour effet, ou pour objet, de porter atteinte aux valeurs, à la réalité, ou aux caractéristiques de notre Etat-nation.

Par CM - Publié dans : le concept de désanctuarisation - Communauté : MRC
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